
HORS-SÉRIE : LONDRES !
Publié le 8 juin 2019
J’ai souhaité écrire un article au sujet de la ville de Londres – ville dans laquelle j’ai séjourné récemment. Je fus à Londres entre 12h00 le 18 février et 23h30 le 19 février – pour être précis ! Londres m’a marqué – émerveillé ! Sans conteste, cette ville est l’un des points fort de mon expérience en Angleterre. Ses bâtiments, mélange d’avant-guerres et de constructions nouvelles, ses nombreux ponts, ses musées, ses pubs, ses églises… bref, son architecture fait d’elle une ville surprenante où votre dernière envie est de prendre le métro de peur de manquer un lieu ou une vue qui en vaut le coup. J’admets que le fameux "Underground" de Londres peut être considéré comme un monument en soit et c’est probablement ce que les puristes diront. Quoi qu’il en soit, il ne suffit pas d’une belle ville pour vivre un séjour qui marque votre vie. J’ai aussi fait des rencontres pour la plupart inattendues, mais que pour rien au monde je n’aurais souhaité manquer. C’est bien cela qui, ajouté à l’euphorie d’un monde à découvrir, rends l’instant si spécial. Un séjour loin de tout mais à la fois proche de tout, c’est l’impression que j’en ai eu et c’est ce qui me motive à écrire. Puissent donc ces quelques lignes, figer le souvenir de ce séjour mémorable avant qu’il ne m’échappe.
Tout commença moins d’une semaine avant le séjour. Je souhaitais tirer avantage de l’inter-semestre pour découvrir un autre coin de l’Angleterre. J’ai donc eu l’idée, sans grande conviction, de passer deux jours à Londres. L’idée se concrétisa lorsque, le vendredi avant mon départ, je discute avec la bonne personne – Rich – au bon endroit et au bon moment et ce de manière entièrement spontanée. J’avais maintenant un potentiel point de chute à Londres, à savoir, chez les parents de Rich, qui habitent le quartier Camberwell. Après avoir pris contact avec eux, le séjour est planifié, et le samedi, j’ai les billets de bus. Le point d’arrivé à Londres sera Victoria Coach Station.
Le dimanche soir, la veille de mon départ, je réalise un rapide plan de visite de la ville de Londres. J’écris sur un papier les places et lieux que je souhaite visiter. Le lundi, je prévois de visiter "Harrods" dans le quartier de Knightsbridge, suivant le conseil d’une amie de l’église – probablement amateure de shopping – qui caractérisa ce lieu d’être le plus "posh" de la ville de Londres, c’est-à-dire le plus aisé. Au-dessus de ce quartier, se situe "Wellington Arch" et "Buckingham Palace" – qu’il ne faudra pas manquer. Ensuite, je me rendrai à Westminster pour voir le parlement et traverser le pont qui permet d’avoir cette fameuse vue sur Big Ben. Je terminerai la journée en visitant la "National Gallery" et j’y resterai jusqu’à la fermeture. Je me rendrai ensuite à la maison de mes hôtes. Mon itinéraire pour la journée de lundi était maintenant établi. Voyant l’heure, je me dis que j’organiserai la journée de mardi à un autre moment, car il se faisait tard et mon bus arrivait tôt le lendemain.
Le lundi matin, à 7h00, j’embarque dans le bus. À midi, j’arrive à Londres et je me mets immédiatement en route vers "Harrods". M’étant peu renseigné sur ce lieu, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un immense centre commercial, qui se révéla, effectivement, être très (très) chic. C’est le genre de magasin dans lequel on trouve des canapés en exposition à 20,000£ ou encore un jeu d’échecs qui chiffre aussi à plus de 4 zéros. Échiquier en forme d’œuvre d’art ou œuvre d’art en forme d’échiquier ? Difficile d’en juger, photo à l’appui. Comme je n’étais pas venu à Londres pour cramer la carte bleue, je ne me suis pas trop attardé. J’ai tout de même profité des toilettes luxurieuses – car oui je vous raconte que je suis allé aux toilettes ! – avec du marbre et du granit partout. Je me dirige ensuite vers la sortie. De retour à la réalité, je continue ma route vers "Wellington Arch". Sur le chemin, toutefois quelque peu reculé dans l’une des rues adjacentes, se trouve un pub – The Grenadier – dont j’eus connaissance sur le web car il était recommandé comme l’un des 10 meilleures pubs de Londres. Il est environ 13h30 et j’entre pour y déjeuner. Le cadre est typique des pubs d’Angleterre avec tout de même la surprise d’un plafond entièrement recouverts de dollars américain. J’y mange mon deuxième Fish&Chips depuis que je suis en Angleterre avec cette fois-ci, un Fish qui traverse l’entier de mon assiette. En boisson, pour accompagner cela, j’ai choisi la bière qui porte le nom du pub, une Ale donc inédite qu’il me tarde de déguster ! C’est une très bonne surprise qu’attendent mes papilles et, bien que je ne sois pas doué pour exprimer le goût par des mots, son attaque suggère le goût du miel et de noix puis évolue vers des notes boisées. Une fois le repas terminé et la dernière goute dans le gosier, je me remets en marche.
Vers 14h30, j’arrive sur la place de la "Wellington Arch". Il y a mémorial de guerre et l’arche au milieu de la place. Je prends quelques photos et notament des portes de l’arche, qui sont en fonte, car après tout, en tant que motoriste, j’aime les belles pièces en fonte. J’arrive ensuite à Buckingham palace et, comme prévu, je suis accueilli par la Reine pour le thé et… hum ! En réalité, la Reine n’était pas au palais (drapeau de l’Union-Jack sur le toit), du coup ça n’a pas pu se faire. Mais ce n’est que partie remise ! Un peu plus loin, se trouve le parlement. À ma grande surprise, je découvre que la tour de Big Ben est emballé d’un épais échafaudage et que tout le parlement est sous rénovation jusqu’en 2021. Je traverse le pont adjacent et me rends devant le London Eye. Je prends quelques photos et je sirote tranquillement mon frappé Starbucks appuyé sur le garde-corps qui longe la tamise sous le regard attentif de quelques mouettes, curieuses de savoir ce qu’adviendrait du frappé que j’avais en main. Le jour commence à diminuer lorsque j’entre dans la "National Gallery". Il y a un nombre impressionnant de peintures relatives à Jésus-Christ et je constate aussi la fascination qu’avait les artistes – et de fait, la société et l’institution religieuse – pour l’enfant-Jésus et Marie. S’il fallait retenir un tableau en particulier, je choisirais celui où l’on voit Samson se faire couper les cheveux. Les couleurs sont incroyables et la peinture est très réaliste. C’est aussi la représentation d’un épisode biblique que l’on voit assez peu fréquemment sur toile. Quelques minutes plus tard, le musée ferme ses portes et je me mets en route pour la maison de mes hôtes, située tout de même à 5km de là. Comme j’ai du temps, je préfère la marche au métro.
À 19h00, je suis accueilli par Lucy et Philip, les parents de Rich. Lucy et Philip sont de vrais londoniens. Bien qu’ayant déménagés plusieurs fois, ils ont toujours vécu proche du centre car Philip a travaillé un bon nombre d’années dans plusieurs églises de Londres. Nous faisons connaissance et je me vois gracieusement offert un petit repas. Sans trop tarder, je me prépare à passer la nuit car une grosse journée m’attend le lendemain. Et voilà qu’il est déjà 7h00, la lumière perce le rideau de ma chambre et mon enthousiasme pour cette nouvelle journée rend mon réveil des plus agréables. Je descends prendre le petit-déjeuner avec Lucy et Philip. Une demi-heure plus tard, je suis conduit à l’arrêt de bus le proche. Je fais mes adieux et les remercies du fond du cœur pour leur accueil exceptionnel. Bien que mon temps passé avec eux ne fusse que de quelques heures, je garderai néanmoins longtemps en mémoire le moment de qualité qu’ils m’ont permis de vivre en leur compagnie. Quelle superbe expérience d’avoir pu partager, quelques heures durant, le quotidien d’un foyer londonien !
Me voilà maintenant au deuxième étage du bus rouge qui m’emmène en direction de "Tower Bridge". Si tôt hors du bus, je peux apercevoir l’une des deux impressionnantes tours du pont. Je m’engage sur le pont, mais assez vite, je m’arrête pour regarder autour de moi. Je constate l’étrange lumière jaune, puissante et chaude, recouvrant d’un voile doré les eaux de la tamise. Il est environ 9h et je sais que ce spectacle exceptionnel n’a lieu qu’une seule fois dans la journée ; lorsque l’atmosphère, encore frileuse, accueille, sans en oublier un seul, les rayons précieux d’un soleil encore en son réveil. Je fais demi-tour et descends les escaliers qui mènent au rivage de la Tamise. En direction du soleil, je prends le chemin d’une ruelle pavé, dont les bâtiments du même genre de part et d’autre, sont assez élevés pour que la seule lumière qui atteigne le sol soit celle des reflets venant du haut des façades en briques jaunes. Fasciné, j’admire quelques instants, la lumière d’or – d’un jaune exceptionnel encore affiné par les reflets – coulant sur les pavés gris et brillants de cette ruelle piétonne. J’aperçois dans le contre-jour, quelques plantes vertes décorant les balcons joignant les deux immeubles passant ainsi au-dessus de la ruelle.
Je me décide finalement à traverser le pont "Tower Bridge". La vue sur le quartier d’affaire est imprenable et m’y rendre est mon prochain objectif. Lors de ma traversé, je vois le cuirasser "HMS Belfast" qu’il me tarde de retourner voir de plus près un peu plus tard.
A la descente du pont, j’arrive au niveau de "Tower of London". Je n’ai pas le temps pour y entrer et en faire la visite, d’autant plus que l’entrée est à environ 30 Pounds ! Je fais donc le tour rapidement pour en voir le maximum depuis l’extérieur.
Je me dirige ensuite en direction du quartier d’affaire. Lorsque je m’engage dans la première ruelle piétonne à être entièrement longée de part et d’autre de gratte-ciels, l’ambiance change ; il fait plus sombre, le bruit des voitures est de plus en plus lointain et se transforment en un bruit sourd qui se confond avec celui du vent, dont la turbulence s’intensifie à mesure que je progresse la où la concentration de gratte-ciels est la plus forte. Je prends quelques photos des gratte-ciels et je réalise aussi ma légère solitude milieu de tous ces cadres en costume qui savent précisément où ils vont. Ce fut cependant agréable de savoir, qu’en tant que touriste je peux me contenter du temps qui passe et simplement l’apprécier. Quoi que pas de trop car le jour avance !
Une fois sortie du quartier d’affaire, je redescends vers le "HMS Belfast" en passant par le quartier des banques. Je reviens ensuite par un autre je chemin et, de nouveau au quartier des banques, je prends la direction de "Oxford Street".
En chemin, je m’arrête dans quelques-unes des nombreuses églises anglicanes de Londres. L’une d’entre-elles aura complètement chamboulée mon programme ce jour-là : l’église "Holy Sepulchre London".
Il est environ 12h00 quand j’entre dans l’église. Il y a quelques personnes à l’entrée que je salue rapidement avec le sourire. Je me tourne ensuite avec joie vers la porte donnant sur la salle principale curieux d’entendre plus distinctement le son qui en provenait et qui me semblait fort agréable. A ma très grande surprise, lorsque j’entre et que j’entends maintenant la musique, c’est un réel festin auquel assiste mon ouïe ! Cette musique provenait des enceintes situées de part et d’autre de la salle sur les piliers qui tiennent l’édifice. Je vois alors une jeune femme chanter à pleine voix certains refrains de chants de louange contemporains accompagnée de sa guitare. Je fus émerveillé par la qualité de sa voix et je réalise, alors que j’écris, combien je manque de vocabulaire pour décrire cette magnifique musique. Certainement, l’ensemble fut sublimé par la qualité de l’acoustique dans cette église vielle de plus de 6 siècles ! Une réverbération qui, je m’en souviens encore, donnait à chaque syllabe chantée un poids et une profondeur telle que je n’avais encore jamais entendu de chant de louange aussi poignant et frissonnant que ceux-ci. Je suis resté plusieurs minutes dans l’admiration la plus totale, assis sur un des bancs du fond. Il n’y avait, à ce moment-là, que moi en tant que visiteur dans cette grande salle. A vrai dire, je suis resté là jusqu’à ce que le chant s’arrête. Curieux de savoir pourquoi la jeune femme s’exerçait à chanter, je m’avance et je lui demande si elle jouait de la musique souvent dans cette église. Elle me répondit qu’elle répétait aujourd’hui en vue du culte qui aurait lieu à 13h. Elle m’a aussi, dans le même temps, invité à revenir pour assister au culte. J’ai fortement apprécié son accueil et fut presque aussitôt convaincu de revenir plus tard. Mais j’ai hésité car il me restait en tête d’aller visiter le "British Museum" et je savais que le temps passerait vite d’ici à la tombée de la nuit. Je lui répondis donc que je souhaitais revenir, mais sans lui confirmer pour autant.
Je sors de l’église avec comme idée de trouver rapidement un lieu où manger. Cela me permettrait d’être à l’heure au culte, si toutefois, je décidais pendant mon repas de m’y rendre. J’effectue une petite boucle sans changer de quartier et je me rends finalement au pub – The Viaduc Tavern – qui fait l’angle de la rue adjacente à l’église et qui avait déjà attirée mon regard un peu plus tôt. L’environnement à l’intérieur est aussi typique qu’il l’est à l’extérieur et aussi très lumineux grâce aux nombreuses fenêtres sur la façade arrondie faisant l’angle de la rue. Ce pub est parfait pour y manger rapidement car à la carte sont proposés ce qu’ils appellent des "Toasties" : une version élaborée des "clubs" (sandwich triangulaire) car ce sont des plats servis chauds, dont le pain a été toasté et la garniture cuisinée. Pour mon repas, j’ai choisi les "toasties" à l’aubergine avec une pinte de bière "London Pride", une Ale que l’on trouve spécifiquement à Londres et ses environs. A l’issu de mon repas, c’est décidé, je me rendrais au culte de 13h dans l’église dont j’étais sorti moins d’une heure auparavant.
Lorsque j’entre à nouveau, il y a environ une dizaine de personnes éparpillées parmi la trentaine de chaises disposées au milieu de la salle. Le pasteur, dans la trentaine, et la même femme qui un peu plutôt s’exerçait à la guitare sont debout et situé au milieu de la salle. L’installation pour le culte est très sommaire et contraste avec l’aspect élaboré du bâtiment et de l’orgue sur le côté. Il n’y a pas de scène, tout se passe sur un même niveau. Il y a quelques micros et une télé pour la projection, mais aucun pupitre, ni pour la chanteuse, ni pour le pasteur – cela peut paraître étonnant que j’utilise le mot "pasteur" pour un responsable d’une église anglicane, pourtant, j’utilise ce terme selon ses propres mots qui furent, je cite : "I am the rector – or pastor – here at Holy Sepulchre London". Le culte est sur le point de commencer. L’ambiance est calme, les regards sont tournés vers l’avant. Chacun semble apprécier le silence, trésor inestimable au milieu de l’agitation de la ville. Je m’avance dans la salle et choisis une rangée de chaises encore libre. Le pasteur engage le culte en se présentant. Sans micro, il s’exprime d’une voix affirmée et captivante porté par une résonance imposante. Il s’en suivi un moment de chant avec le même émerveillement qu’auparavant. Ensuite, le pasteur prêcha. Son message fut solidement basé sur la Bible avec souvent une relecture des versets pour en revenir à l’essentiel. Le passage étudié était le début du chapitre 10 de l’évangile de Jean. La voix résonne encore dans ma tête et, au moment où j’écris, j’ai ce verset en tête que le pasteur répéta plusieurs fois car l’ensemble de la prédication pointait vers cette vérité proclamée par Jésus : "I have come that they may have life, and have it to the full".
Une fois le culte terminé, je fais connaissance avec le pasteur et quelques autres personnes. La chanteuse, avec qui j’échangeais encore quelques mots, me proposa de revenir à 18h30 si je souhaitais voir à quoi ressemble le "Choral eucharist" avec la musique jouée à l’orgue accompagnée d’un cœur. À nouveau, je devais réfléchir quant à la faisabilité de revenir plus tard dans ce coin de Londres. Mais cette fois, j’ai encore quelques heures devant moi, et je pense d’abord à ma visite du "British Museum". L’une des personnes se proposa de me conduire au fameux musée, j’acceptai aussitôt avec joie. C’était un homme dans la quarantaine et artiste. Sur le trajet, il me parlait de sa réflexion actuelle quant à savoir s’il devait continuer dans le milieu artistique où arrêter car il avait perdu la motivation pour l’art depuis un évènement dramatique – je ne me souviens plus de quoi il s’agissait. La discussion fut intéressante et le temps que nous avons pris pour marcher jusqu’au musée me parut court.
J’entre dans le musée et en fait la visite. Je suis conscient que les pièces que j’observe sont exceptionnelles mais je ne peux cependant pas m’éterniser à l’intérieur. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les innombrables fresques de l’empire assyrien, taillés dans de la pierre rouge formant initialement les murs de certains édifices dans la capitale. Ces fresques sont la représentation de la violence à l’état pur des jeux organisés pour le roi dans les arènes. On y voit des centaines de lions gisants au sol, transpercés de tous les cotés par les lances du roi, debout et tournée vers l’arrière dans son char accompagné de ses guerriers. Il ne fait aucun doute que l’empire assyrien inspirait la peur aux nations alentours. La violence fut entre-autre, l’un des symboles de sa puissance. C’est un constat intéressant, car quand on sait que le royaume du nord d’Israël a été détruit par les assyriens, on peut imaginer que cela ne se soit pas fait dans la douceur !
Une fois la visite du musée terminée, je me dirige plus au nord de la ville. J’avais décidé de ne pas faire trop long dans le musée car je souhaitais me laisser la possibilité d’aller au culte du soir qui m’a été suggéré un peu plus tôt. Je me dirigeai donc plus au nord pour aller voir "The British Library", pensant que cela en valait le coup. Lorsque j’arrive à l’intérieur, la bibliothèque est moderne et pas du tout comme je l’avais imaginé. Je pensais voir une architecture plus ancienne avec des vieux livres exposés. Il y avait cependant, au milieu de la bibliothèque, un immense mur de vieux livres, cela dans un but plus décoratif qu’historique. Je ne le savais pas encore, mais deux mois plus tard, je me rendrai dans la "John Rylands Library" à Manchester, qui s’avéra être une veille librairie dans un style proprement british, tout comme je l’avais imaginé en franchissant le pas de porte de la "British Library".
N’ayant pas fait trop long dans la librairie, je constate en sortant qu’il me reste suffisamment de temps pour marcher jusqu’à l’église à nouveau et arriver à temps pour le culte du soir. Je me mets donc en route par un autre chemin, profitant des dernières lueurs pour observer Londres une dernière fois, avant que les couleurs ne disparaissent avec l’obscurité. Il y a bien entendu l’éclairage public, mais nul n’est besoin de préciser qu’une ville n’est pas la même selon que l’on soit le jour ou la nuit.
J’entre pour la troisième fois dans l’église, pile à l’heure. Cette fois, l’assemblée – d’environ 15 personnes – est réunie sur le côté gauche, dans une pièce à part annexé à la salle principale et dont le sol est surélevé d’un mètre. Un escalier permet l’accès. L’espace est ouvert puisque seul une balustrade effectue la séparation d’avec la salle principale. L’organiste et le cœur – composés de 4 personnes – sont situés en contre-bas à portée de vue. La forme du culte est très liturgique et tout le déroulement est visible dans le dépliant qui m’a été donné à l’entrée. C’est le même pasteur qui est en charge du déroulement. Les mots, précisément choisis, sont prononcés avec intensité sur un ton solennel et le culte s’exécute sans dévier de la structure. Certaines phrases, avant d’être dites sont écrites sur le dépliant. Les phrases écrites en gras sont prononcées d’une même voix par l’assemblée. Sans aucun doute, la forme du culte se veut réflective et encline le cœur de l’adorateur à contempler la gloire et la grâce de Dieu. Vers la fin du culte, je suis invité à prendre la Cène par le "pasteur", ayant sans-doute remarqué mon hésitation compte tenu du déroulement très différent de celui d’une église évangélique. Lors de la fin du culte, les personnes sont invitées à rester pour discuter et faire connaissance tout en prenant un verre servi à une table au fond de la salle principale. Étonnamment, les deux boissons au choix sont du jus de raison ou du vin rouge. Bon moyen pour limiter les stocks de boissons différentes dans une église !
Je ne tarde pas trop à faire mes adieux au pasteur car je ne savais pas exactement combien de temps il me faudrait pour aller à la station de bus pour mon retour, sachant que je souhaitais m’arrêter en route pour manger.
Lors de mon trajet vers la station de bus, je marche un long moment sur la "Oxford Street". Il fait nuit et il n’y a plus autant d’intérêt à passer par de nouveaux chemins que lorsqu’il faisait jour ; à l’exception des quartiers de "Soho" et Chinatown, qui avec leur nombreux restaurants, bar et clubs atteignent leur pic d’activité après 20h00. Je décide de passer au travers de ces quartiers. Dans le quartier de "Soho", j’ai l’étrange impression de quitter la réalité pour entrer dans un univers complètement superficiel, démesurément aisé, bruyant et arrosé. Alors que j’écris, voici les deux mots qui caractérisent l’image que j’en ai avec le recul : fluo et plastique. Je ne sais pas trop pourquoi. Voir tous ces tous ces gens en files, attendant que les clubs se vident un peu pour pouvoir entrer, me firent réaliser combien leur monde est éloigné du mien. En tant que touriste, je ne voyais que – attention jeu de mots marrant – des sardines pressées d’entrer dans la boîte !
Un peu plus loin, j’approchais le quartier le plus riche de Londres, non loin d’Harrods que j’avais visité le premier jour. Sur le chemin, certains clubs m’ont vraiment fait penser à ceux que l’on voit dans les films. Le genre de club avec des SUV noirs garés devant l’entrée – certainement les voitures des méchants comme dans les films ! À l’entrée, deux videurs et un panneau indiquant que seuls les membres peuvent entrer. À l’intérieur deux gangs mafieux se tirent des balles et un mec bien vénère seul contre tous, façon "John Wick" casse des rotules ! Enfin bref, le parfait cliché dont je ne dépeindrai pas tout le tableau ici car il me faut ressaisir mon imagination et revenir à la réalité.
Cette réalité, c’est celle où l’exubérance et l’errance foule le même trottoir à une heure où ne sont pas représentées les catégories moyennes permettant d’adoucir le tableau. Sur ce trottoir, les deux peuvent être souls, ce n’est pas dans les mêmes circonstances, mais pour les mêmes raisons : échapper à la réalité. Pour les uns, le moyen de fuir, pour les autres une escapade, mais dans les deux cas, la volonté de faire passer plus vite, la réalité d’un monde où chacun erre d’insatisfaction en insatisfaction.
Lorsque j’arrive à la "Wellington Arch", j’emprunte le passage souterrain qui permet de traverser la route. Il est environ 21h30, il y a peu de passant à cette heure-ci. Au bas des escaliers, je vois un sdf installé avec toutes ces affaires à une intersection permettant d’aller soit à gauche, soit tout droit. Ce monsieur, dans la cinquantaine, était assis en tailleur sur deux matelas empilés et un sac de couchage. Devant lui, il a une belle pancarte pour l’aumône. Je dis "belle" car elle était bien écrite et colorée par quelques dessins. Lorsque je passe à côté de lui, sa voix brise le silence, et dans l’écho d’un couloir complètement vide aux murs carrelés, je l’entends me dire bonsoir et me souhaiter une bonne soirée. Aussitôt, je lui souhaite de même en retour. Au même moment, je me dis que ce monsieur ne doit avoir que rarement des occasions de discuter et, de manière moins rationnelle, je ressens beaucoup de compassion pour lui. Mon bus ne part que dans 2h, je ne suis pas pressé par le temps. Alors que je suis à sa hauteur, je m’arrête, voulant discuter avec lui. J’engage la discussion en lui demandant comment il allait. J’ai l’impression que ça lui a plu de me répondre car il m’a répondu avec empressement. Nous avons passé les 5 prochaines minutes à discuter, je me tenais debout et lui toujours assis en tailleur. Il m’a également posé quelques questions à propos de ce que je faisais à Londres et où est-ce que j’allais. Arrivé à ce point dans notre discussion, j’ai eu l’impression que je devais continuer mon chemin et, voulant laisser un bon témoignage, je lui ai donné une partie de l’argent que j’avais sur moi. Je lui fais mes adieux et continue à marcher. Je me souviens m’être retourné dans le couloir pour le saluer encore une fois de la main alors que je m’éloignais.
Quand je sors du passage souterrain et que j’avance sur la rue longeant la "Wellington Arch", je repense à notre discussion. Je pense à ce que j’aurais souhaiter lui dire en plus et je rejoue la scène dans ma tête. Clairement, c’est de l’espérance qu’il y en Jésus que j’aurais souhaité lui parler. Alors, je me mets à regretter de ne pas avoir oser. Au milieu de la route sur un terre-plein, alors que je traversais, je m’arrête. Je regarde l’heure sur mon téléphone alors qu’il me reste plus d’une heure et demie avant le bus. Ce qui se passe à ce moment-là, c’est que le regret est devenu assez fort pour m’empêcher d’avancer, souhaitant à tout prix que je répare l’erreur que j’avais commise en n’accomplissant pas ce que j’avais maintenant envisager. L’heure aurait été ma seule excuse, mais dans ce cas, elle n’était pas valable. Que manquait-il ? L’audace de faire demi-tour et demander à continuer la discussion. C’est ce que j’ai fait.
Je reviens sur mes pas et j’arrive par l’autre bout du tunnel dans le passage souterrain. De loin, je vois la place où était assis le monsieur. Il n’était plus là. Je ne me suis pas mis à hésiter, je suis resté. J’avais la conviction qu’il reviendrait car ce que j’avais à lui dire ne viendrai pas de moi mais de Dieu. J’avance et je me tiens debout proche de ces affaires. Cinq minutes plus tard, il revient et je lui explique rapidement que j’apprécierais être en compagnie de quelqu’un pour passer mes derniers moments à Londres plutôt que de passer la soirée à ratisser mon compte Insta – bon je ne l’ai pas dit comme ça, mais c’est ce que je pensais. Cette fois-ci, je me suis assis sur le sol à coté de sa pancarte. Être assis à sa hauteur et plus proche de lui ont permis une relation de confiance. J’en ai appris bien plus sur d’où il venait, son background, pourquoi et depuis quand il était dans la rue. Je ne raconterai pas en détail la conversation que j’ai eu ici, mais je partagerai cependant ceci, car c’est peut-être ce que j’ai trouvé le plus surprenant. Il y a deux mois, alors que c’était noël, il était déjà depuis 8 mois dans la rue. Il avait économisé pour un trajet en bus jusqu’au pays de Galles pour fêter noël avec sa famille et revoir ses enfants qui sont âgés de la trentaine. Il a passé toutes les fêtes sans qu’aucun ne se doute de sa situation actuelle, il souhaitait la garder secrète. Pourquoi ? J’ai été surpris ! Sans doute le sentiment de honte à l’idée d’apprendre à ses enfants que leur père est à la rue. C’est dommage que cela l’empêche de chercher du soutien auprès de sa famille. Durant notre conversation, j’ai pu lui parler de Jésus et de l’espoir qu’on peut trouver en lui lorsque la vie sur terre nous a déçu. J’ai été étonné de voir que depuis que j’étais assis près de lui, le passage était plus fréquent dans le passage souterrain et la plupart s’arrêtait pour donner de leur monnaie. En quelques minutes, les 40 centimes gagnés durant la journée furent plus que doublés. Finalement, j’ai passé un bon moment à échanger et j’ai apprécié faire connaissance avec lui. Ma plus grande joie est d’avoir pu témoigner de la vérité, afin qu’il ne passe pas à coté de ce qui pourrait faire sa plus grande joie s’il croit, Jésus-Christ. Nous nous quittons en nous serrant la main longuement, le temps de nous adresser réciproquement de bons vœux pour la suite et de nous regarder une dernière fois dans les yeux avec attention, comme pour ne pas oublier cette rencontre si improbable.
Lorsque j’arrive à la station de bus, il me reste encore une bonne heure avant le départ. Sur le trottoir, juste avant d’entrer dans le hall de la station, je croise un gars ayant à peu près mon âge, il m’adresse la parole. Il me demande si je voulais acheter la veste qu’il avait dans un sac en plastique. Visiblement, il avait besoin d’argent. Je lui ai demandé pourquoi il voulait me vendre une veste. Il ne m’a pas répondu directement et a cherché à éviter la question. J’ai insisté. Au bout du compte, il m’a donné la réponse dans un grand soupire marquant son désespoir. Il avait besoin d’argent, il n’avait pas un rond. Je lui ai demandé pourquoi il ne m’en avait pas demandé directement. Il m’a répondu que pour lui, c’était trop dur de demander de l’argent, il ne pouvait pas se faire à l’idée de devoir faire la manche. Je le comprends car cela ne faisait que deux semaines qu’il était à la rue, arrivé tout droit de Roumanie. Le fait qu’il m’avoue son parcours difficile – et de ce fait se rende vulnérable – à permis de crée un climat de confiance. J’ai continué la conversation et je l’ai encouragé en lui disant que de l’aide pouvait venir de Dieu et des chrétiens. Je l’ai encouragé à aller dans une église. Il pourrait être aidé dans ses démarches pour trouver un travail car il était encore motivé pour en trouver un. Il a vraiment apprécié mon aide. Je pense que ce qu’il a le plus marqué, c’était d’avoir quelqu’un sur qui il pouvait exprimer ses frustrations et voir quelqu’un préoccupé par ses problèmes. J’ai essayé autant que possible, d’être sensible à ce qu’il vivait, de lui témoigner de la compassion. C’est cela dont il avait le plus besoin. Le fait que ses problèmes étaient aussi devenus les miens lorsque j’ai essayé de l’aider, lui ont fait réaliser que même ici en Angleterre, il a de la valeur aux yeux de quelqu’un. Lorsque nous finissons notre discussion, je lui donne de l’argent pour s’en sortir. Il est ému et me donne une longue accolade, je l’ai serré fort. Je souhaite qu’à travers moi, il ait entendu Dieu lui parler, afin qu’il mette sa confiance dans celui qui puisse l’aider.
Mon bus arrive enfin, il est 23h30. Le temps n’aura pas été trop long finalement avec toutes ces belles rencontres. Londres de nuit m’aura réservé bien des surprises. Je suis heureux d’avoir pu, encore ce soir-là, rencontrer des personnes formidables et ajouter cela à mon incroyable expérience de seulement 36h dans la capitale. Une fois posé dans le bus, j’ai encore du mal à réaliser tout ce que j’ai pu vivre dans un temps aussi cours et mon cœur exulte de joie. Je suis super reconnaissant à Dieu. Assez rapidement je m’endors. Comme si de rien était je reprendrai mon quotidien à Exeter. C’est à se demander si tout ce que venait de vivre n’avait pas été qu’un rêve. À 4h du matin le bus arrive, il fait froid, je suis rincé, j’ai 25km dans les pattes ! Il faut encore que je marche jusqu’à la maison. Une longue journée s’annonce, mais qu’est-ce que mon séjour était cool !
PS : les photos sont dans l’ordre chronologique à partir de la McLaren noir sur fond de maisons blanches.
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